Pourquoi les hommes ont-ils des mamelons?

 

Denis    

Ah, c'est l'un des grands mystères de la biologie. Le philosophe grec Aristote se posait déjà la question au IVe siècle avant J.-C. Charles Darwin, le père de l'évolution, s'est également beaucoup interrogé sur l'origine des mamelons masculins – ou Mammae masculinae.

Malheureusement, encore aujourd'hui, nous ne connaissons pas la réponse exacte. Il semble que les glandes mammaires – et les mamelons – ne soient pas, à prime abord, des « organes sexuels » dont le développement soit commandé par les chromosomes sexuels X et Y. Ce sont des organes neutres sexuellement qui se développent aussi chez le mâle, même s'il n'en fait pas usage.

Dans les toutes premières semaines de leur développement, l'embryon mâle et l'embryon femelle sont à peu près identiques. Aux environs de la 7e semaine, les hormones sexuelles entrent en action et les embryons commencent alors à se différencier. Si le foetus a reçu un chromosome Y de son père, un signal hormonal déclenche le développement des organes sexuels mâles. Sinon, le foetus développe des organes sexuels femelles.

Or, les glandes mammaires et les mamelons apparaissent vers la troisième ou quatrième semaine de développement, c'est-à-dire bien avant les caractéristiques sexuelles. Elles se développent à partir de deux crêtes qui s'étendent de la poitrine à l'aine. Chez l'humain, ces crêtes se résorbent pour ne laisser que deux mamelons. (Chez les autres mammifères, on peut compter plusieurs mamelons, en nombre impair parfois.)

A la puberté, sous l'action des hormones féminines, les glandes mammaires se développent chez la femme, alors qu'elles demeurent atrophiées chez l'homme. Comme tous les organes sont en place, un dérèglement hormonal (syndrome de gynécomastie) peut faire apparaître des seins chez l'homme et même, dans de rares cas, permettre la lactation. (Cependant, les biologistes ne croient pas que les mammifères mâles aient pu, à une époque reculée, nourrir les petits.)

Chez d'autres mammifères mâles, comme le rat et le cheval, les glandes mammaires et les mamelons disparaissent complètement au cours du développement embryonnaire. Pourquoi cela n'est-il pas aussi le cas pour l'homme? Eh bien, d'un point de vue évolutif, il est assez difficile de faire disparaître complètement un organe même s'il ne joue plus son rôle. Il faut que cet organe soit vraiment nuisible pour que la sélection naturelle procède à son élimination. S'il ne nuit pas à la reproduction et à la survie de l'espèce, il peut demeurer en place.

Les ongles d'orteils, par exemple, n'ont pas grande utilité chez l'humain, contrairement aux griffes des autres animaux à qui elles servent à gratter, creuser et se défendre. Chez l'humain, les ongles d'orteils pourraient bien disparaître, mais il n'y a pas d'avantage particulier – ou de « pression évolutive » - pour aller dans cette direction. Il semble en aller de même des mamelons pour l'homme.

De meilleures connaissances sur le génome humain et sur le développement embryonnaire permettront peut-être un jour une meilleure réponse.

Catégorie(s) de cette question: Etre humain, Sciences de la vie

Philippe Chartier